La carte scolaire?

L'EcoleBonjour à tous (tes),

Que pensez-vous de la réforme de la carte scolaire et à quoi pensais-je, il y a maintenant longtemps, lorsque j’envoyais mon fils à l’Ecole laïque ?

Voilà un sujet intéressant qui, au demeurant, est à l’ordre du jour du nouveau gouvernement.

Mais qu’en est-il ? En quoi consiste exactement la carte scolaire ?

Chaque établissement a un bassin de recrutement, défini à partir des adresses des parents, qui définit un lieu de scolarisation pour l’établissement public de leurs enfants en âge d’être scolarisé. Le seul moyen d’éviter cet établissement est : soit d’avoir une adresse « hors secteur » ; soit de choisir une option « absente » dans le programme de l’établissement ; soit enfin d’avoir recours au « privé ».

La carte scolaire est-elle un frein à la mixité sociale ?

C’est une question délicate. Il suffit de voir la timidité avec laquelle cette question était abordée par les différents candidats à l’élection présidentielle. Ce que montrent les enquêtes, c’est qu’en l’état actuel, les enfants les plus captifs sont ceux des milieux populaires et des quartiers les plus stigmatisés, alors que ceux des classes supérieures s’en affranchissent beaucoup plus facilement, généralement pour accéder à des établissements encore plus attractifs et souvent très homogènes socialement.

Peut-on conserver de bons niveaux scolaires dans les établissements tout en respectant le principe moral de mixité sociale ?

Ce que montrent plusieurs enquêtes, c’est que les enfants d’origine populaire tirent profit d’une plus grande mixité dans leur établissement, alors que cet effet semble moins important pour les enfants de classes moyennes et supérieures. Autrement dit, nous sommes dans cette situation paradoxale : où les enfants pour lesquels la mixité serait la plus souhaitable sont ceux que l’on retrouve le plus souvent dans les établissements les moins mixtes et, inversement ; les enfants des classes sociales pour lesquels la diversité sociale joue moins sur leurs résultats scolaires sont ceux qui sont plus souvent dans des établisssements mixtes, voire très favorisés.

Quel autre moyen pourrait-on mettre en place pour avoir une politique d’égalité ? La carte scolaire est-elle le seul moyen ?

Non, il y a d’autres pistes possibles… L’une consiste à travailler sur le taux d’encadrement de manière à donner un cadre pédagogique adapté aux établissements les plus en difficulté. Et l’on sait bien que le taux d’encadrement est un élément déterminant de la réussite scolaire d’enfants en difficulté. Cela dit, on voit bien apparaître une tension entre une logique de proximité, qui conduirait à maintenir un recrutement localisé dans les établissements des quartiers en difficulté, quitte à augmenter considérablement le taux d’encadrement, ou bien à s’affranchir de la logique de proximité pour rechercher plus de mixité, sachant qu’il sera plus difficile d’agir sur le taux d’encadrement.

Comment les ressources financières sont-elles attribuées à chaque établissement ?

Les moyens sont affectés en fonction du nombre d’élèves, des projets d’établissement et bien évidemment du fait d’être en zone d’éducation prioritaire ou non.

Comment se fait-il que les enfants dont les parents ont un statut social élevé obtiennent plus facilement une dérogation pour étudier dans une autre école ? Quelles sont les conditions d’obtention de cette dérogation, et qui l’attribue ?

Les classes supérieures ont une connaissance très précise du système éducatif qui les conduit à maîtriser parfaitement l’offre scolaire, non seulement de leur secteur, mais plus largement, de leur bassin scolaire.  C’est pourquoi le choix de certaines options (langues, classes à horaires aménagés, etc.) permet d’éviter le collège de secteur. Les parents ont également une meilleure vision de la scolarité de leur enfant, sur le moyen ou long terme, qui leur permet d’articuler des choix d’options en fonction de l’orientation qui auront lieu dans l’enseignement supérieur.

Depuis 20 ans les ministres de l’éducation ont tous assoupli la carte scolaire, sauf peut-être François Bayrou en 1993. Est-ce qu’on se dirige inéluctablement vers une désectorisation totale ?

Les principaux candidats à la présidentielle ont eu des positions différentes sur la sectorisation. Nicolas Sarkozy penche plutôt pour un assouplissement, voire sa suppression, associée à l’idée que la compétition entre établissements fera « disparaître » les « moins bons » et laissera ainsi le « libre choix » aux parents. Ségolène Royal a une conception plus restrictive de la carte scolaire : elle souhaite « reconfigurer les secteurs » de manière à les rendre plus hétérogènes et laisser le choix entre deux ou trois établissements, au sein de ces nouveaux secteurs, rendus plus diversifiés. Quant à François Bayrou, il dit simplement qu’il faut repenser la carte scolaire et en défendre le principe, mais ne précise rien de concret quant à une possible réforme. On peut ajouter que le point commun à ces trois candidats est d’utiliser des propos très généraux sur la carte scolaire, alors qu’une discussion sérieuse nécessiterait d’en indiquer les aspects pratiques (quelle échelle ? quel type de mobilité ? quel type de mixité ?) Il y a eu des expériences d’assouplissement de la carte scolaire dont le rapport Hébrard de mars 2002 fait état et qui montre que cet assouplissement a peu d’effets sur le profil des établissements et profite plutôt aux classes moyennes et supérieures. Cela montre, d’une certaine façon, que la voie à suivre n’est pas celle de l’assouplissement de la carte scolaire, si l’on souhaite plus de mixité à l’école, mais bien celle d’une redéfinition des échelles des secteurs et des types de profils souhaités dans les établissements.

En fait, le débat sur la carte scolaire révèle des tensions sociales liées à l’évolution de la ségrégation urbaine. Un grand nombre de catégories sociales, moyennes et supérieures, conçoivent l’homogénéité sociale comme la garantie d’un environnement scolaire sécurisé et performant. Ainsi, les enjeux liés au recrutement des établissements renvoient à des enjeux d’identité de classe et de perception tronquée de la ségrégation urbaine. « Puisque les études concernant l’évolution de la ségrégation urbaine montrent que ce sont surtout les catégories supérieures qui se sont le plus ségrégées au cours des dix dernières années, plus que les catégories populaires. »

La mixité sociale est-elle possible dans les quartiers riches ?

Des travaux montrent clairement que les classes supérieures sont les plus réticentes à l’idée de cohabiter avec les milieux populaires, immigrés ou issus de l’immigration dans l’espace scolaire. Et il n’est pas certain, non plus, que des enfants d’origine populaire vivent sereinement leur expérience scolaire dans des établissements très bourgeois. C’est d’ailleurs une limite à un certain nombre d’expériences qui consistent à sortir « les meilleurs élèves » ou les « élèves prometteurs » des quartiers en difficulté, puisque non seulement cela contribue à fragiliser des équilibres sociaux et scolaires instables dans ces quartiers, mais cela n’agit en rien sur la situation la plus commune : celle des collèges ordinaires caractérisés par la mixité.

Quel candidat présidentiel avait la solution la plus logique et surtout la plus équitable au sujet de la carte scolaire et de ses conséquences socio-éducatives ?

Etant donné les propos très généraux tenus par les principaux candidats, il est difficile de dire clairement celui qui apparaissait comme le plus à même de réformer la carte scolaire. Nous sentons tout de même la vraie différence entre Nicolas Sarkozy, clairement plus libéral et développement une conception concurrentielle de l’enseignement, et Ségolène Royal et François Bayrou, qui n’ont jamais envisagé la suppression de la carte scolaire, mais son aménagement en vue de garantir une plus grande diversité sociale et un cadre de socialisation de qualité. Je précise également que Ségolène Royal a clairement indiqué son intention d’accorder plus de moyens aux établissements situés en ZEP.

Le problème de la carte scolaire existe-t-il seulement en France ?

La situation en Europe est caractérisée par une grande diversité entre des pays sans carte scolaire, des pays avec une carte scolaire souple, et enfin des pays avec une carte scolaire stricte. La France est clairement dans le deuxième groupe, puisque la carte scolaire peine à être respectée par l’ensemble des parents, ce qui profite a priori aux classes supérieures. La Belgique est en train de réfléchir à une réforme de son système (actuellement sans carte scolaire), et regarde l’expérience française avec beaucoup d’intérêt pour construire les secteurs pertinents pour assurer la mixité sociale.

En conclusion: Nous partons sur des sentiers battus mais mal débattus qui, sans une implacable homogénéité de la société française et une refonte de son système éducatif, basé sur les besoins intrinsèques et cohérents de l’activité économique, sociale, environnementale, administrative, etc., de la Nation et, pourquoi pas, du Monde international, ne régleront pas les difficultés liées aux véritables chances de promouvoir une éducation honnête et durable pour tous ! Et non pas une élite qui, sans débouché concret et valorisant, fuira ses obligations naturelles de rester au Pays pour accomplir les missions qui lui seront confiées !

Autrement dit, sans une parfaite cohésion sociale, économique, financière et surtout humaine, sans un partage équitable des tâches et des devoirs qui incomberont à chacun, au final de leur cursus scolaire, universitaire, des grandes écoles, d’apprentissage, de formation continue et évolutive, et tout au long de leur vie active, les problèmes perdureront et l’avenir s’assombriera ! Mais…

Bonne journée à vous ou… bonne nuit.

Paola Rise.

 

Publié dans : Education |le 23 mai, 2007 |Pas de Commentaires »

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